FUCKING TECH!Design des sexualités machiniques à l'ère des sexbots
Bubble

Fucking Tech! (2024-2027) est un projet de recherche-création en design qui étudie les enjeux des sexbots (robots pour le sexe) et AI Girlfriends (apps de dating virtuel). Il intègre la conception d’un générateur d’histoires, StoryTellurX, pour inventer une relation érotico-pornographique alternative entre humains et machines.

22 septembre 2025

Conférence Love and Sex with Robots, Montréal

Si la conférence Love & Sex with Robots était sur notre radar depuis longtemps, nous n’avons jamais eu l’opportunité de nous y rendre auparavant. Ce tord est désormais corrigé, puisque nous (Anthony Masure et Saul Pandelakis) avons pu faire le déplacement cet été 2025 à l’UQAM, à Montréal, pour assister à la dixième édition de la conférence LSR. Au programme, beaucoup de conférences, dans une variété de disciplines : sociologie, anthropologie, médecine, criminologie, études culturelles, etc. Nous avons présenté l’intégralité du projet et apporté notre regard en design, ainsi qu’introduit notre prototype de générateur d’histoires érotiques StoryTellurX. Notre collègue Belén Sanchez Hidalgo ayant rédigé un compte-rendu très complet au sujet de la conférence, nous souhaitons ici publier un billet plus court, une retour “post-conférence” mettant en évidence les idées qui ont été brassées dans nos esprits en écoutant nos collègues. Une chose est sûre : ce très beau colloque était de haut niveau et va beaucoup influencer nos recherches et l’écriture en cours de notre livre sur la question. Des sujets passionnants ont été soulevés. Parmi eux, les importantes considérations éthiques, fréquemment contextualisées dans une « épidémie de solitude » (« loneliness epidemic »). Pour notre part, cette terminologie nous interpelle grandement et doit encore être mise en question. Par rapport à quel état antérieur sommes-nous plus seul·es qu’avant ? Les métriques que nous utilisons sont-elles assez exhaustives et détaillées pour affirmer une telle chose de manière unilatérale ? De plus, utiliser ce motif pour introduire la question des sexbots ne risque-t-il pas de fermer leur conception, réduisant ces dispositifs à des palliatifs, ce qu’ils ne sont pas nécessairement ? Enfin, nous sommes aussi un peu méfiants quant au fait de qualifier des phénomènes sociaux complexes d’« épidémies ». On sait à quel point la rhétorique du virus est mobilisée par l’extrême-droite pour fustiger les étranger·es, la gauche ou encore les personnes LGBTQIA+. Sommes-nous, chercheur·ses, bien sûr·es de vouloir utiliser ce terme ? Nous avons également été très stimulés par toutes les conversations sur la régulation. Entre copies de personnes existantes et possibles dérives pédophiles, les sexbots appellent en effet des efforts certains en termes de législation. Toutefois, Anthony et moi avons eu de nombreuses conversations à ce sujet au cours de la conférence. En disant « réguler », n’entérinons-nous pas un état de fait où les sexbots existent, alors que ce n’est pas le cas ? Ce faisant, ne figeons-nous pas un contexte encore plastique ? Autrement dit, nous sommes de plus en plus alertes quand à l’emploi du terme « réguler ». Il nous apparaît que ce terme voile une autre nécessité – celle de designer, concevoir, donner forme. Nous avons beaucoup apprécié les efforts des conférencier·es pour donner une vision plus ouverte des identités de genre et de sexe des usager·es de sexdolls. Par exemple, parler d’usagers hommes cis est une précision salutaire et permet de ne pas générer d’amalgames. Cela ouvre également des perspectives pour des usages « queer » des sexdolls. Toutefois, nous constatons que les recherches portent encore majoritairement sur des cohortes de personnes hétérosexuelles et cisgenres. Cela est peut-être dû au fait que ce sont bien les usager·es effectif·ves des sexdolls, de nos jours. Mais si les études sur les sexdolls conservent ce focus, elles pourraient bien participer d’une prophétie auto-réalisatrice : si seuls des usages hétérosexuels et cisgenres sont documentés, la base documentaire sur les poupées sexuelles (et autres robots) se limitera à ces populations, ce qui limitera en retour l’effort de conception. Enfin, la question de l’imitation a été soulevée, mais nous désirons, dans le contexte de la conception de StoryTellurX, la mettre encore davantage en question. Pourquoi partons-nous toujours du principe que les sexdolls/sexbots doivent imiter les humains, en apparence et en comportement ? C’est pour le projet « Fucking Tech ! » une des questions centrales. La majorité des imaginaires de science-fiction, et la part essentielle de l’offre commerciale existante propose des représentations anthropomorphes des poupées sexuelles. Ces représentations reposent sur l’a priori qui veut que la sexualité robotique « remplace » la sexualité avec un·e humain·e. Dans un effet feedback qui confine à la boucle sans fin, ces images consolident l’idée selon laquelle læ sexbot est désirable comme substitut. Cette perspective est extradordinairement limitée et il nous semble important que les recherches sur le sexe et la robotique ne participent pas à cet appauvrissement des imaginaires en intériorisant cet état de fait qui n’a rien d’immuable – à condition de replacer læ sexbot comme une typologie de produit encore flexible, sujette à la conception et au re-design. Un grand merci à Simon Dubé, Bobbi Bidochka et toute l’équipe organisatrice pour ce très beau moment académique et social ! Vidéos pour découvrir le colloque : Jour 1 Jour 2 [ le jour où nous avons présenté :) ] Jour 3
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2 septembre 2025

Design par la SF : Ketty Steward raconte sa contribution

Pouvait-on imaginer projet plus éloigné de mes habitudes d’écriture que StorytellurX ? Je suis, me disais-je, l’autrice de nombreuses nouvelles et de romans de science-fiction qui explorent toutes sortes de questions, mais avec une préférence marquée pour les concepts abstraits comme le temps, la vérité, le travail, les liens, la mémoire… J’ai même des personnages qui n’ont pas d’enveloppe charnelle. Mais les corps s’invitent plus volontiers que je ne le pensais dans mes écrits. Corps de clones, de mères, corps douloureux ou menstrués, dans Saletés d’hormones et autres complications, par exemple. Corps modifiés par le travail, dansTomies, ou brûlés pour des idées dans L’Évangile selon Myriam. Seulement, les textes érotiques, je n’en écris jamais, aurais-je été prête à jurer, s’il ne m’avait semblé amusant de conter une scène aussi lesbienne que gourmande dans ma Novella Foodistan. Comme souvent, j’étais légèrement en retard sur moi-même et Saul Pandelakis, qui parfois me voit mieux que moi, a jugé bon de me proposer de participer à ce projet un peu particulier. Sûre de pas grand-chose à part mon envie de travailler avec lui et Anthony Masure, j’ai dit oui. « Oui » et aussi « Tant pis pour lui, s’il s’est trompé sur ma capacité à écrire ce genre de chose. » Un de mes principes étant d’aller au bout de ce à quoi je me suis engagée, je n’ai pas envisagé un seul instant de me rétracter. J’avais une mission et il me faudrait trouver comment la mener à bien. Comment sortir des schémas connus, comment ne pas sonner faux ? Je n’ai qu’une solution dans ces cas-là : m’impliquer. Creuser en moi, faire des liens entre le dedans et le dehors, entre les concepts et les sensations, entre le silicium et la chair, entre le familier et l’étrange. « J’y ai pensé toute la journée, ce qui m’a donné, à des moments inappropriés, un sourire immense et mystérieux. Je ne sais pas si mes collègues s’en sont aperçus. Je m’en moque un peu. L’excitation anticipatoire est un effet inattendu et bienvenu de l’abonnement. Ces instants où la chatte, gourmande, se pourlèche les babines et ravale sa salive. » On ne peut pas dire que j’aie opéré dans une zone de confort, mais je sais manier l’inconfort, je sais le transformer en jeu. Alors j’ai rédigé mes bouts de texte dans les interstices d’une vie remplie, principalement dans des trains, entourée d’inconnus. J’ai joué, je me suis laissé prendre par la logique narrative et ce défi d’imaginer du sexe autrement, collectif, programmable, inclusif. Outre les fragments de récits liés au générateur de fictions érotico-pornographiques, StorytellurX, j’ai consacré un mois de ma routine de création de micronouvelles à explorer les relations charnelles et sentimentales avec les machines. Le Writever du mois de Janvier 2025, en français et en anglais a navigué dans les implications concrètes et éthiques de l’hypothèse d’une généralisation des relations intimes humain·es-machines et créé Igor, le compagneon. « J’ai appris à Igor un certain nombre de gestes pour son propre entretien. Une fois par mois, iel prend donc une longue tige et le flacon d’huile. Iel en met deux gouttes à chacune de ses articulations pour les lubrifier. » À mesure que le jeu narratif apprivoisait ses personnages et situations, je me faisais, de mon côté, à l’idée de devoir écrire volontairement, exclusivement, du sexe, en puisant dans mon expérience, mes fantasmes et mes peurs. Les gants bleus de la fiction me permettaient même de m’engager à des endroits inconnus et d’expérimenter, pour de vrai, pour de faux. « La similipeau en silicone, c’est dépassé. Pour des sensations incomparables, nous utilisons de la peau véritable cultivée en laboratoire à partir des cellules de donneureuses ou même des vôtres, si vous préférez. » Écrire pour StorytellurX était une expérience excitante, je suis ravie d’y avoir pris part. Saul avait raison, comme souvent. Ketty Steward en liens
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22 juin 2025

Conversations avec une IA [3] – Vagina 69

Pour cette conversation qui a eu lieu lors des premières expérimentations avec des LLMs pour StoryTellurX, je cesse d’essayer d’apprendre le contexte au modèle dans la conversation et utilise les options disponibles pour paramétrer Erebus. C’est globalement la méthodologie qui est retenue pour la suite du travail. L’écriture de contextes devient centrale, mais elle demande beaucoup d’essais et d’erreurs, comme les tests suivants le démontreront. Ces premiers essais nous placent aussi face à une difficulté qui ne sera jamais résolue avec Erebus Mistral ou GemmaSutra : après un nombre variable d’échanges, le modèle entre dans une boucle dont rien ne peut le faire sortir… Ce dysfonctionnement est toutefois intéressant dans le cadre d’un projet sur les sexualités : il donne un aspect têtu au personnage, qui semble fou de désir, de sexe, quitte à le répéter et le réaffirmer de manière absurde.
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Avertissement

Ce projet aborde des thématiques liées à la sexualité et au consentement. Veuillez poursuivre en connaissance de cause.

Non, j'ai - de 18 ans

Warning

This project addresses themes related to sexuality, and consent. Please proceed with awareness.

No, I'm 18-