Étude de cas – Virtual Valerie (1990)
Virtual Valerie est un jeu
point-and-click développé par Mike Saenz,
CEO de Reactor Inc. Il développe et publie des
CD-
ROM dans les années 80–90 dont certains des premiers jeux interactifs pour adultes : MacPlaymate (1986), Virtual Valerie 2 (1995). Description Virtual Valerie (1990) succède à MacPlaymate, dont la structure est similaire. Le jeu est commercialisé par l’entreprise de Saenz (Reactor) pour $99. En couleur, il intègre un scénario avec davantage de contexte (le joueur doit rejoindre Valerie dans une chambre d’hôtel en vue d’un rapport sexuel) ainsi que des dialogues avec le personnage. Le jeu est d’ailleurs vendu comme « a sexual date on a disk », soit un « rendez-vous sur un
CD-
ROM ». Le jeu est également plus développé et offre plusieurs options aux joueureuses : il est possible de se déplacer dans tout l’hôtel (5 étages et la cave) ainsi que dans l’appartement de Valerie dans lequel il est possible de lancer des mini-jeux (qui sont plutôt une série de petites animations) dans les cadres et dans le lecteur de disques. Le jeu en
FPS (First Person Shooter) est plus immersif que MacPlaymate : le personnage incarné par les joueureuses est dans une rue animée, devant un hôtel. Brandissant une carte de visite laissée par Valérie, il est amené à pénétrer le bâtiment et à chercher sa chambre. Si les joueureuses décident de suivre le script 1 (voir ci-dessous), iels trouvent l’appartement de Valerie, répondent oui à toutes ses questions sur le canapé (phase pendant laquelle elle se déshabille
progressivement). Si les joueureuses hésitent ou refusent certaines propositions de Valerie, cette dernière les congédie hors de sa suite et le jeu redémarre au début. Sinon, elle les invite à la rejoindre dans la chambre où elle se met à quatre pattes et où il est possible de la pénétrer avec des objets. Le joueur peut également ne pas suivre ce script et explorer l’appartement. Plus interactif que MacPlaymate et plus retors dans ses mécaniques de jeu, Virtual Valerie objectifie de manière similaire sa protagoniste. Les hommes sont globalement absents du jeu, sauf dans deux occurrences d’importance : le male gaze du joueur omnipotent ; un homme disponible derrière la porte une, corpulent, portant un marcel, dont l’entrée dans le jeu s’accompagne d’un rot et d’une remarque effectuée sur un ton traînant. Tout est fait pour coder cet homme comme repoussant, du moins selon les canons de beauté occidentaux. D’une certaine manière, l’apparition du voisin corpulent fonctionne comme une réaffirmation de la masculinité centrale du joueur. Le male gaze est assuré comme position de pouvoir précisément parce que le joueur est seul à profiter de la disponibilité sexuelle de Valerie. Le fait que le seul autre homme du jeu soit repoussant participe à désamorcer toute homosexualité latente ou tout désir qui ne corresponde pas au script hétérosexuel promis. Toutefois, on peut aussi mitiger ces analyses et observer que Valerie est un personnage qui possède une forme d’agentivité. Celle-ci est facilement manipulable, dès lors que les joueureuses (ciblés comme joueurs) comprennent que seul le « oui » unilatéral permet d’accéder à l’étape suivante de déshabillement ou de pratique sexuelle. Néanmoins, il se dessine ici en creux une idée : seul un consentement entier amène le sexe. Certes, il s’agit de celui du·de la joueureuse, et non celui de Valerie. Cependant, le fait que le sexe ne soit pas immédiatement disponible donne une place spécifique à ce jeu dans la galaxie des jeu vidéos érotiques.