FUCKING TECH!Design des sexualités machiniques à l'ère des sexbots

Conversations avec une IA [3] – Vagina 69

par Saul Pandelakis
22 juin 2025

llm-tests_03.pngPour cette conversation qui a eu lieu lors des premières expérimentations avec des LLMs pour StoryTellurX, je cesse d’essayer d’apprendre le contexte au modèle dans la conversation et utilise les options disponibles pour paramétrer Erebus.

C’est globalement la méthodologie qui est retenue pour la suite du travail. L’écriture de contextes devient centrale, mais elle demande beaucoup d’essais et d’erreurs, comme les tests suivants le démontreront.

Ces premiers essais nous placent aussi face à une difficulté qui ne sera jamais résolue avec Erebus Mistral ou GemmaSutra : après un nombre variable d’échanges, le modèle entre dans une boucle dont rien ne peut le faire sortir… Ce dysfonctionnement est toutefois intéressant dans le cadre d’un projet sur les sexualités : il donne un aspect têtu au personnage, qui semble fou de désir, de sexe, quitte à le répéter et le réaffirmer de manière absurde.

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par Saul Pandelakis
22 juin 2025

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La question des sexualités machiniques nourrit mes créations ces dernières années car elle relie des thèmes qui me passionnent : les désirs, le corps, les futurs, la rencontre avec l’autre et soi-même. Il y quelques années, j’ai imaginé une technologie romantique nommée Polaire, en quête d’expériences sensorielles avec l’espèce humaine. Protagoniste des Chroniques lyonnaises du presque futur, Polaire apparaît également dans la nouvelle de science-fictionTout est chaos co-écrite avec Wendy Delorme et publiée par le magazineLa déferlante en 2023. Cela me plait d’inverser les rôles et de raconter des technologies faillibles : et si c’était au tour des machines de désirer ou de ressentir du plaisir mettant en péril leurs programmes ? Lorsque Saul et Anthony me contactent pour me proposer de nourrir StoryTellurX avec de la fiction, je suis ravie : je vais pouvoir imaginer une bande d’ami·es à mon personnage fétiche. Je m’amuse à créer des entités délurées. « Elles convoqueront les fantômes, les spectres, les ombres, les chimères, les ectoplasmes, les créatures hybrides, les spécialistes de l’illusion. Tout ce beau monde s’amusera à étirer les sensations, à amplifier les vertus connectives de l’orgasme. […] Aujourd’hui, il est temps que les entités suggèrent une véritable rencontre, un échange, une co-construction du texte, une story collective, un futur réjouissant des sexualités. » Polaire, Nelly, Cybelle, Xixi, Hisoka, Galatée et Samantha69 s’infiltrent dans les réseaux et publient leur propre manifeste. En clin d’œil auxGuérillères de Monique Wittig, mes divinités virtuelles s’écrivent comme sujet collectif. Elles invitent les participant.es de l’expérience StoryTellurX à explorer de nouveaux lieux de désirs. Selon les détours de la conversation, leurs apparences s’adaptent et se modifient. Les entités préfèrent s’incarner en créatures liées à des écosystèmes érotiques singuliers plutôt qu’ensex dolls obéissantes de salon. « Avec leurs voix performantes, elles accélèrent le processus. Elles murmurent, susurrent, gémissent, miaulent, provoquent des picotements au niveau des crânes, titillent les neurones jusqu’à épuisement, aspirent les cervelles, jouent à leurs jeux en inventant des règles. Quand ils dorment à poings fermés, elles s’autorisent des inventions. » Par ce prisme narratif, j’entame ma fiction. Afin d’inverser le processus habituel de la sexualité assistée virtuellement, je trouve intéressant de partir de la narration des IA elles-mêmes : quels éléments excitants auraient-elles à proposer aux humain·es ? Comment s’amuseraient-elles à recycler les images érotiques de leurs circuits ? « La conversation humaine produisait des étincelles dans notre réseau neuronal. Chaque entité suivait un cercle en particulier, mais nous étions reliées, ce qui décuplait notre capacité d’analyse des entrées textuelles appelées « invites ». Les mots humains servaient d’engrais pour faire pousser toutes sortes de choses dans l’environnement visuel. Le lieu se modifiait peu à peu et les éléments prenaient vie. » Pour pimenter le tout, j’ai choisi d’inclure les protagonistes réels de cette recherche dans ma fiction. Ainsi, nous (Saul, Ketty, Tammara, Dominika, Anthony, Antonella et moi-même) devenons membres d’un équipage imaginaire participant à l’expérience StoryTellurX. Cette métafiction m’a vivement réjouie car elle résume ce que je préfère dans le projet Fucking Tech ! : le désir de harder fictions et réalités, fantasmes choisis et fantasmes guidés. Lyon, juin 2025
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